2 ÉPÉES CONTRE UN CURÉ

2 ÉPÉES CONTRE UN CURÉ

Relique de luxe qu’on reluque relax. Ce coffret, qui renferme peut-être un ongle, une oreille ou un bout de narine, figure la nuit du 29 décembre 1170 où Thomas Becket se fait découper dans sa cathédrale. Le commanditaire de l’expédition est Henry II, un roi anglais quelque peu échaudé par son archevêque de Canterbury. Pourtant, hier encore, les deux hommes étaient bons amis. Malheureusement, le Plantagenêt a décidé de couper les ponts, à l’ancienne, sur un coup de tête.

@RMNGP pour le Louvre

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Un roi fort, une Eglise faible et deux bons copains.

Henry est plutôt bien né : papa comte d’Anjou, maman fille du roi d’Angleterre. Bien avant le tunnel sous la Manche, certains ducs ont des allures de viaduc. A 19 ans, il a déjà la main sur la moitié de la France et les fesses d’Aliénor d’Aquitaine. Devenu tôt roi d’Angleterre, il s’entoure de matières grises, grisantes et grisonnantes. Thomas Becket – son aîné de 15 ans – devient chancelier. Ces deux-là s’entendent comme cul et chemise à lacets. Un de leurs objectifs est d’étouffer les cléricaux trop puissants. L’Eglise d’Angleterre dispose alors de privilèges inouïs auxquels s’accroche Thibaut du Bec, le vieil archevêque revêche de Canterbury. Et lorsque monseigneur Du Bec finit par échapper son dernier souffle, le roi est trop heureux de nommer son ami Thomas pour le remplacer. Affaire classée pense-t-on, les biens du clergé bientôt confisqués… Et bien non. Si telle était la chute, Thomas ne finirait pas avec une épée dans la trachée. 

La volte-face du chancelier

Cette mésaventure, si bien figurée sur l’instantané émaillé, s’explique par un subit revirement de conviction. Le genre de volte-face qui gagne certains hommes arrivés au pouvoir (Tout comme le socialiste Clémenceau – devenu président du conseil – finira par tirer sur les grévistes de Draveil, l’hédoniste Becket – devenu archevêque – va muter en soldat de Jésus). Vêtu d’une robe en poils de chameau ficelée d’une ceinture de crin, Thomas se fouette désormais avec des mèches d’orties tout en chatouillant les pieds des lépreux… Henry en reste bouche bée. Son regard va même se froncer lorsqu’il verra “feu son pote” s’opposer à la confiscation de la vaisselle des églises. Le soir du 29 décembre, au château, le roi hurle à en faire trembler sa soupe. Autour de la table, ses ducs obséquieux décident de précipiter les obsèques de l’archevêque. Ils galopent de nuit, direction Canterbury. Il ne s’agit pas de se confesser, bien au contraire, les CV vont plutôt s’alourdir…

Un mort et des remords.

A en croire le décor de la châsse, les vaillants chevaliers d’Henry vont redéfinir la bravoure. 2 épées contre 1 curé. Avec une cote pareille, la protection divine reste chez elle. Bien au chaud sous la couette à observer le corps de Thomas qui commence déjà à tiédir sur les dalles de la cathédrale. Des capuches bénédictines viennent l’empaqueter pour le cacher. Ils le ressortiront plus tard, pour remplir une centaine de châsses avec les bouts du martyr : une mèche et un pouce dans celle-ci, une oreille et un nez  dans celle-là… Des assortiments de bonbons dans la boulangerie des croyances qui seront pour la plupart volés. (C’est mal, car il est des châsses d’os qu’on ne tire pas). Bref. Pendant ce temps, les chevaliers sont rentrés au château annoncer la nouvelle. Henri est gêné devant ce cadeau raté et repense à tous ces moments vécus avec Thomas. Soupirs, souvenirs, repentir. Quelques jours après, le monarque passera à son tour la toge, les poils de chameau, la ceinture de crin et les orties sur l’échine. Pour les lépreux, le roi ira même leur construire un hôpital. Quant aux chatouilles sur les pieds, l’Histoire ne dit pas si leur plante gênait le Plantagenêt.

 

LOUVRE-RAVIOLI

 

Châsse : Martyre et Glorification de saint Thomas Becket
Email champlevé sur cuivre doré
Limoges / Fin du XIIe ou début du XIIIe siècle
Aile Richelieu / 1er étage / salle Suger
Droits photo : @RMNGP pour le Louvre

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